Bras de fer à Digital Africa 

Kizito Okechukwu, président de Digital Africa.

La bataille fait rage entre l’Agence française de développement et l’initiative Digital Africa, portée par le président Emmanuel Macron. La première réclame la dissolution de la seconde, et a convoqué à cet effet une réunion extraordinaire du Conseil d’administration. 

(CIO MAG) – Jeudi 18 février, le Conseil d’administration de Digital Africa est appelé à se réunir, pour évoquer la convocation d’une assemblée générale extraordinaire chargée de dissoudre la structure. Mais les membres de l’initiative, présidée par Kizito Okechukwu, ne l’entendent pas de cette oreille. Dans une missive à laquelle CIO Mag a eu accès, ce dernier affirme s’opposer à cette réunion du Conseil d’administration pour la raison suivante : “Monsieur Jean-Pierre BARRAL, représentant de l’Agence Française de Développement (AFD), ne détient aucun titre à demander la réunion de ce Conseil et n’a au surplus pas respecté les dispositions statutaires relatives aux convocations du Conseil”. 

Le président de l’organisme rappelle qu’une réunion avait été convoquée par lui-même le 25 février pour évoquer le souhait de l’AFD de dissoudre Digital Africa. Cette date visait à laisser le temps nécessaire pour la remise d’un rapport, censé expliciter les causes motivant cette dissolution. Il semble que l’empressement de l’AFD soit motivé par l’intention d’empêcher la rédaction de ce rapport”.  

L’association précise par ailleurs avoir mandaté deux avocats du Barreau de Paris pour défendre ses intérêts.

65 millions d’euros

Digital Africa regroupe 10 membres engagés dans l’accompagnement et le soutien de l’écosystème numérique africain. Il s’agit de CFI, Jokkolabs, Afrilabs, GEN Africa, Bond’Innov, la Fabrique des Mobilités, la Ferme Digitale, Fing, Digital Observer for Africa et le groupe Agence française de développement (AFD). L’association avait été lancée par le président Emmanuel Macron en marge du salon Vivatech à Paris, en 2018. Devant le président rwandais Paul Kagamé, le chef de l’Etat avait alors annoncé la mise à la disposition d’une enveloppe de 65 millions d’euros pour le déploiement de cet instrument, qui vise à financer les start-up africaines via l’AFD.

“L’AFD va déployer dans les prochaines semaines un instrument spécifique doté de 65 millions d’euros (…) qui va être destiné à combler les failles d’accompagnement par des petits tickets, qui sont ceux dont ces startups ont besoin, de 30 à 50.000 euros”, avait détaillé Emmanuel Macron.

Or, cela fait plusieurs mois que Digital Africa se trouve dans la tourmente. En témoigne la démission en juillet 2020, de Karim Sy, fondateur de Jokkolabs. Mais pas seulement. Dans un thread Twitter le 16 février, Rebecca Enonchong, présidente d’Afrilabs, déplore une mauvaise gestion de longue date. 

« Des fissures ont commencé à apparaître lorsque la première cadre de l’organisation a été embauchée, Stéphan-Eloïse Gras. Ce n’était pas tant la personne que la manière. Le conseil a reçu un courriel annonçant son embauche. Jamais nous n’avons été consultés ni intégrés au processus », explique-t-elle. « Malheureusement, la situation ne s’est jamais améliorée. Le conseil est constamment contourné et rarement informé, obtenant la plupart de ses informations par le biais d’annonces sur les réseaux sociaux. Les décisions stratégiques et coûteuses sont prises sans que le conseil d’administration ne soit informé, encore moins d’accord ».

Rebecca Enonchong dénonce par ailleurs « de vieilles habitudes profondément ancrées dans les moeurs », et le fait que les « voix des Africains membres du conseil d’administration sont constamment ignorées ». « Emmanuel Macron avait l’occasion de montrer en pratique ce qu’il prêche, c’est à dire un nouveau partenariat entre la France et l’Afrique. C’est une occasion manquée », regrette-elle encore.


Pour l’instant, du côté de l’AFD, le mystère reste entier sur les raisons évoquées pour réclamer cette dissolution. Nous reviendrons d’ici peu avec de nouvelles informations.

Camille Dubruelh

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