De l’informatisation des entreprises à la démocratisation d’Internet et la révolution mobile, l’essor du numérique redéfinit les besoins énergétiques à l’échelle mondiale. Les datacenters, piliers du cloud et de l’économie digitale, concentrent aujourd’hui une part croissante de la consommation électrique. Entre exigences de disponibilité permanente et nécessité de durabilité, la question énergétique s’impose comme un enjeu stratégique, aussi bien dans les pays industrialisés qu’en Afrique, notamment au Bénin.

Sur le continent africain, la dynamique est contrastée. La digitalisation progresse rapidement, portée par les services financiers mobiles, l’administration numérique et les plateformes digitales optimisés par l’intelligence artificielle. Toutefois, cette accélération se heurte à des systèmes énergétiques encore fragiles.
Comme le souligne Fèmi Abel Tankpinou, fondateur d’Ecozem au Bénin, « le mix énergétique, c’est la façon dont un pays produit et consomme son énergie. Et aujourd’hui, au Bénin comme dans beaucoup de pays africains, ce mix reste encore fragile, très dépendant de l’extérieur et des énergies fossiles. »
De 2018 à 2022, le mix énergétique reste principalement tourné vers l’utilisation d’énergies fossiles, qui représentent environ 95,5 % de la production totale d’électricité en 2022, informe Le quotidien béninois, La Nation.
Les datacenters fonctionnent en continu, nécessitant une alimentation électrique stable et sécurisée. « Un datacenter, c’est une machine qui ne dort jamais. Il fonctionne 24h/24, 7j/7, et il a besoin d’une énergie constante, stable et sans interruption. Le moindre arrêt peut avoir des conséquences énormes », précise-t-il.
À cela, s’ajoutent des besoins énergétiques liés au refroidissement des équipements, aux systèmes de sécurité et à la maintenance. Au Bénin, la montée en puissance du numérique s’accompagne d’investissements dans les infrastructures.
Selon Tantchonta M’po, responsable du département stratégie et architecture au sein de l’Agence des systèmes d’information et du numérique (ASIN), le pays dispose déjà de plusieurs centres de données, dont un de niveau Tier 3 répondant aux standards internationaux de résilience. D’autres installations sont en cours de modernisation, avec une capacité globale avoisinant les 2 mégawatts, encore sous-utilisée. Cette marge offre des perspectives de croissance, mais pose également la question de la sécurisation énergétique à long terme.
Sur le plan technique, ces infrastructures reposent sur des dispositifs complexes : double alimentation via la Société béninoise d’énergie électrique (SBEE), groupes électrogènes de secours, systèmes de climatisation avancés et dispositifs de sécurité intégrés. Malgré ces mécanismes, la dépendance aux énergies fossiles, notamment pour les solutions de secours, reste une contrainte majeure.
Les risques liés à une insuffisance énergétique sont multiples et structurants. « Pour un datacenter, le manque d’énergie n’est pas un simple inconfort, c’est un risque systémique, alerte Fèmi Tankpinou. Ce sont des interruptions de service, des pertes de données, des coûts qui explosent à cause du diesel, et surtout une perte de crédibilité vis-à-vis des partenaires internationaux », ajoute-t-il.
Le mix énergétique comme approche fiable
Face à ces défis, des solutions émergent à l’échelle africaine. Les modèles hybrides combinant solaire, stockage par batteries et sources conventionnelles se développent. Cette approche vise à renforcer l’autonomie énergétique tout en réduisant l’empreinte carbone.
« Ce qui est intéressant, c’est que l’Afrique n’attend plus. Elle innove », se réjouit Fèmi, évoquant une tendance à la décentralisation des infrastructures et à la production locale d’énergie. « Le paradoxe, c’est que le Bénin dispose d’un atout exceptionnel : le soleil. Nous avons un potentiel solaire immense, encore largement sous-exploité », insiste-t-il.
L’intégration de cette ressource dans le mix énergétique pourrait constituer un levier décisif pour accompagner la croissance des datacenters. Selon le ‘’pacte national de l’énergie pour la République du Bénin’’, l’objectif est d’accroître la part des énergies renouvelables dans le mix de production électrique pour atteindre 30% d’ici 2030 contre 16% en 2024.
Au-delà de la production, l’enjeu porte également sur l’efficacité énergétique. « L’efficience énergétique sera la vraie révolution : faire plus avec moins, optimiser, digitaliser la gestion de l’énergie », a affirmé Fèmi Tankpinou. Cette approche implique l’adoption de technologies intelligentes pour optimiser la consommation électrique des infrastructures numériques. À moyen terme, l’équilibre entre développement numérique et sécurité énergétique conditionnera la compétitivité du Bénin dans l’économie digitale.
« Je suis convaincu d’une chose : l’énergie est le socle de tout. Si on règle cette équation avec des solutions propres et locales, alors on ouvre la voie à une transformation profonde de nos économies », conclut Fèmi. Dans ce contexte, la transition énergétique apparaît non seulement comme une nécessité, mais comme une opportunité stratégique pour positionner le Bénin et l’Afrique sur le marché mondial des infrastructures numériques durables.





