L’IA en entreprise au Maroc : 42 % des utilisateurs importent des documents complets dans des outils externes non contrôlés

L’intelligence artificielle transforme les méthodes de travail au Maroc, mais son intégration rapide manque cruellement de gouvernance. Une étude Kaspersky révèle que 75 % des salariés utilisent ces outils sans aucun cadre formel, exposant ainsi les données stratégiques à des risques majeurs.

(CIO Mag) – L’usage de l’intelligence artificielle est devenu une réalité quotidienne pour une large partie des travailleurs marocains. Selon une enquête menée par Kaspersky et l’institut Averty, plus de la moitié des salariés utilisent l’IA de leur propre initiative, et 84 % d’entre eux y ont recours plusieurs fois par semaine.

Cette dynamique n’est pas dictée par les directions générales mais par une volonté individuelle d’améliorer la qualité et l’efficacité des tâches accomplies. Dans cette quête de performance, ChatGPT s’est imposé comme l’outil de référence, utilisé par une écrasante majorité des collaborateurs au détriment des solutions internes parfois proposées par les organisations.

Cette adoption spontanée crée cependant une zone de vulnérabilité importante. L’étude souligne que trois quarts des répondants évoluent sans aucune directive claire ni formation spécifique sur l’usage des technologies génératives. Ce vide organisationnel favorise des comportements risqués en matière de gestion de l’information. En effet, l’IA est souvent perçue comme un prolongement naturel du travail, ce qui brouille la frontière entre les données publiques et les secrets professionnels.

Le partage de données sensibles constitue le point le plus critique de cette transformation silencieuse. L’enquête révèle que 42 % des utilisateurs importent des documents complets, tels que des PDF ou des présentations, dans des outils externes échappant au contrôle de leur entreprise.

Les pratiques vont plus loin : 35 % des salariés saisissent manuellement des chiffres précis ou des extraits de mails, tandis que 19 % transmettent des données budgétaires ou des indicateurs de performance clés. Ces transferts d’informations se font sous le couvert d’une confiance aveugle, puisque 91 % des utilisateurs affirment se fier aux résultats générés par ces outils.

Face au péril, Samy Tadjine, Responsable des comptes Entreprises pour l’Afrique du Nord, de l’Ouest et Centrale chez Kaspersky, souligne que l’humain doit rester au centre de la stratégie de défense. Il explique qu’un simple prompt ou un partage d’informations mal maîtrisé peut suffire à exposer des données sensibles ou à déclencher des attaques majeures. Selon lui, la cybersécurité ne se limite pas aux outils techniques mais repose avant tout sur des usages maîtrisés et une vigilance collective renforcée par la formation.

La situation est particulièrement préoccupante pour les petites et moyennes entreprises qui font face à une pénurie de compétences internes en cybersécurité. Samy Tadjine précise que l’adoption des applications d’IA au Maroc progresse actuellement plus vite que les cadres de sécurité, ce qui expose les organisations à des risques encore largement sous-estimés. Pour l’expert, l’enjeu n’est pas de freiner l’innovation technologique, mais de l’encadrer par une approche pragmatique combinant une gouvernance stricte, une sensibilisation continue des équipes et le déploiement de technologies de protection adaptées.

Pour Kaspersky, le constat de cette étude appelle à une réaction urgente des chefs d’entreprise pour transformer cette adoption sauvage en un levier de croissance sécurisé. Sans un accompagnement adéquat, la confiance élevée des salariés dans l’IA pourrait paradoxalement devenir le talon d’Achille de la souveraineté numérique des entreprises marocaines.

Anselme AKEKO

Responsable éditorial Cio Mag
Correspondant en Côte d'Ivoire
Journaliste économie numérique
2e Prix du Meilleur Journaliste Fintech
Afrique francophone 2022
AMA Academy Awards.
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