Marché Dantokpa à Cotonou. Source : Africanlanders
Le secteur informel béninois, représentant près de 80 % de l’activité économique, vit une mutation silencieuse. Les petits commerçants, artisans et étudiants, longtemps exclus du crédit bancaire classique, accèdent désormais à des financements grâce au mobile money, au nano-crédit et au BNPL (Buy Now Pay Later ou Acheter maintenant et payer plus tard en français).
À Cotonou, Clarisse, vendeuse de beignets au quartier Zogbo, raconte qu’elle a pu sauver son activité grâce à un nano-crédit de 10 000 FCFA obtenu via son téléphone. « J’avais épuisé mon stock d’huile et de farine. En deux clics, j’ai reçu l’argent et j’ai pu relancer ma production. Trois jours plus tard, j’avais déjà remboursé », confie-t-elle.
Le BNPL, lui, séduit une autre catégorie de la population. À Porto-Novo, des étudiants en informatique ont pu acquérir des ordinateurs portables grâce à une offre BNPL proposée par une fintech locale. Le paiement est étalé sur quatre mensualités via mobile money. « Sans cette formule, je n’aurais jamais pu suivre mes cours en ligne », témoigne Rodrigue, étudiant en deuxième année.
Le mobile money est devenu incontournable. Selon la BCEAO, plus de 12 millions de comptes sont actifs au Bénin en 2026, soit plus de 70 % de la population adulte. Au marché Dantokpa et sur plusieurs surfaces, les transactions commencent par se faire via mobile money. Des grossistes acceptent les paiements via MTN Mobile Money ou Moov Money, et des détaillants utilisent ces mêmes plateformes pour régler leurs fournisseurs.
En 2025, MTN a lancé une offre spéciale de nano-crédit destinée aux femmes commerçantes. L’initiative a permis à des centaines de vendeuses de tissus et de denrées alimentaires de maintenir leurs activités malgré les fluctuations de prix.
Opportunités pour le secteur informel
Pour les artisans, les commerçantes et autres marchands, les micro-prêts sont une bouée de sauvetage. L’inclusion financière devient une réalité avec un accès rapide à des liquidités. La flexibilité des remboursements échelonnés s’adapte aux revenus irréguliers. La digitalisation des pratiques traditionnelles, comme les tontines, les rend traçables et sécurisées.
Pour de nombreux observateurs, l’accessibilité offre l’opportunité à une frange de la population non-bancarisée de cumuler plusieurs nano-crédits de façon simultanée. Lorsque les ventes ne suivent pas, le remboursement devient impossible et le surendettement menace. En 2025, l’Autorité de protection des données à caractère personnel (APDP) a signalé une série de cas d’usurpation d’identité liés à des comptes mobile money utilisés pour obtenir des crédits frauduleux.
Les autorités béninoises, en lien avec la BCEAO et l’APDP, travaillent sur la protection des données personnelles, l’authentification biométrique des usagers et la coordination avec les fintechs pour limiter les abus. En 2026, un projet pilote de biométrie mobile a été lancé à Cotonou, permettant de sécuriser l’accès aux comptes mobile money et de réduire les fraudes.
Vers une inclusion financière durable
Le nano-crédit et le BNPL, adossés au mobile money, représentent une alternative crédible au crédit classique pour le secteur informel béninois. Ils favorisent l’inclusion financière, mais nécessitent un encadrement rigoureux pour éviter les dérives.
« L’avenir de la finance au Bénin se joue sur le téléphone portable. Le mobile money est la banque des exclus », conclut un rapport de la Banque africaine de développement. L’essor du nano-crédit et du BNPL au Bénin illustre la capacité du pays à inventer ses propres solutions financières.
En s’appuyant sur le mobile money, le Bénin ouvre la voie à une inclusion économique massive. Mais cette révolution doit être accompagnée d’une régulation intelligente pour éviter que l’innovation ne se transforme en piège.





