Côte d’Ivoire : le Mobile Money a trouvé ses adeptes

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Agence de Mobile Money dans la commune de Yopougon, "Quartier Maroc".

Elles façonnent l’intégralité de notre cadre de vie. Leurs enseignes aux multiples couleurs, orange, noir, jaune, bleu et vert, sont visibles à tous les coins de rue. Bienvenue aux pays du Mobile money !

(CIO Mag) – Les agences de Mobile Money ont pris possession du paysage. Dans la commune de Yopougon située au Nord de la ville d’Abidjan, précisément dans le quartier « Maroc », pas moins de vingt agences de Mobile Money sont ouvertes sur la seule voie d’environ 1 Km de long menant du « Carrefour Antenne » au « Carrefour Sorbonne ». Ici, le transfert d’argent via le mobile a trouvé ses adeptes. Et c’est à l’image de la Côte d’Ivoire. En ville comme en zone rurale, les points de dépôt et de retrait d’argent ne cessent de croître. Les usagers de la téléphonie mobile cédant de plus en plus aux sirènes des opérateurs télécoms, des milliers de jeunes n’hésitent plus à se lancer dans l’activité de transfert d’argent. Parmi eux, J.C, caissier d’une agence Mobile Money dans le quartier « Maroc ». « Il y a à boire et à manger pour tout le monde dans le transfert d’argent, dit-il. Il faut avoir un bon emplacement, se conformer aux contraintes réglementaires des opérateurs et prendre les dispositions qu’il faut pour ne pas se faire arnaquer. »

En effet, dix-huit milliards de FCFA circulent quotidiennement sur les plateformes de monnaie mobile. De quoi aiguiser l’appétit des fraudeurs. En plus du phishing, ils peuvent utiliser les appels téléphoniques, les messages SMS, pour inciter les utilisateurs desdits services à leur transférer le contenu de leurs comptes. Au cours du premier semestre 2016, ce sont 239 cas de fraude sur porte-monnaie électronique qui ont été enregistrés par la Direction de l’Informatique et des Traces Technologiques (DITT), dont dépend la Plateforme de lutte contre la cybercriminalité. Mais le préjudice, estimé à plus de 55 millions de FCFA, n’a pas freiné le développement du marché. Parce que le Mobile Money, c’est quand même plus pratique pour envoyer de l’argent que de se déplacer en véhicule, parcourir de longues distances, non sans braver les embouteillages qui se forment à chaque intersection de routes.

Evolution du Mobile Money

En Côte d’Ivoire, les services de Mobile Money sont offerts par Orange, MTN et Moov. A la fin 2014, le parc global au Mobile Money était de l’ordre de 6 millions d’abonnés, répartis comme suit : Orange,  3,5 millions (57,87% de part de marché) ; MTN : 1,4 million (24,09%) ; Moov : 1,09 million (18,04%). L’analyse du Rapport annuel 2014 de l’Autorité de régulation des télécommunications/TIC de Côte d’Ivoire (ARTCI) montre par ailleurs que les opérateurs Orange et MTN ont perçu pour le second semestre 2014, plus de 14 milliards de FCFA de commissions sur les services de Mobile Money. Les retraits d’argent qui génèrent plus de 80% de ces ressources constituent le service Mobile Money le plus lucratif pour ces derniers.

Toujours selon l’ARTCI, la valeur des transactions effectuées au cours du deuxième semestre 2014 par Mobile Money à travers le réseau MTN se chiffraient à plus de 382 milliards de FCFA. Celles de Moov s’élevaient à plus de 23 milliards de FCFA. Orange, l’opérateur ayant le plus grand nombre d’abonnés au Mobile Money n’avait pas communiqué cette information au régulateur télécoms.

Plébiscités en 2017 par 8,6 millions d’utilisateurs (dont 5,5 millions pour Orange ; 2,2 millions pour MTN ; et 0,7 million pour Moov), ces services génèrent des revenus toujours importants pour les opérateurs télécoms. Au 3ème trimestre 2017, Orange et MTN ont perçu plus de 15 milliards de FCFA de commissions sur les services de Mobile Money. Moov n’ayant pas communiqué à l’ARTCI les informations relatives aux commissions perçues sur cette activité.

Parts de marché selon le nombre d’abonnés au Mobile Money au 30 septembre 2017. (ARTCI)

Inclusion financière

Toutefois, les statistiques disponibles indiquent que les populations manifestent un grand intérêt pour le Mobile Money. Le taux de pénétration au 30 septembre 2017 oscille autour de 35% du parc d’abonnés global de la téléphonie mobile. En nette progression au cours des cinq dernières années, la monnaie mobile a permis à la Côte d’Ivoire d’améliorer sensiblement le taux d’inclusion financière des populations. « Il y a aujourd’hui plus d’Ivoiriens titulaires d’un compte bancaire mobile que d’un compte bancaire classique », a commenté le ministre de la Communication, de l’Economie numérique et de la Poste, Bruno Nabagné Koné. C’était  le lundi 26 février 2018, au cours de la conférence de presse/bilan et perspectives 2018. A cette occasion, M. Bruno Koné a fait observer que « les transferts d’argent par téléphonie mobile sont maintenant utilisés de manière courante, et de ce fait, notre pays se classe au 5ème rang mondial en termes de proportion des ménages utilisant ce service ».

Interopérabilité

Sur les bords de Lagune Ebrié, le Mobile Money reste cependant un outil de transfert d’argent de personne à personne, de règlement de factures ou d’achat de crédit et services. Si la monnaie mobile est aujourd’hui acceptée dans la grande distribution, le déploiement de solutions de paiement marchand en point de vente bute contre l’absence d’interopérabilité des plateformes. Evoluant en modèle fermé, celles-ci ne permettent pas aux commerçants de disposer d’une interface unique pour que le client puisse effectuer ses paiements, quel que soit son fournisseur de Mobile money.

Directeur Business Consulting et Services Financiers Mobiles chez Sofrecom, Rambert Namy assure que « l’interopérabilité sera un facteur d’accélération fondamental (du mobile money, Ndlr) car elle simplifiera les transferts : l’envoyeur n’aura plus à se soucier de vérifier la compatibilité du transfert avec l’opérateur du bénéficiaire ». (Cf. CIO Mag N°47 de Juin/Juillet 2017)

A ses yeux, « l’interopérabilité constitue le levier capable de transformer les systèmes de Mobile Money en systèmes de paiement dits universels ou « open loop »». En plus, l’interopérabilité rend possible les transactions entre clients bancarisés et utilisateurs de services de Mobile Money. Par ce moyen, les opérateurs télécoms pourront interagir avec des services financiers pour permettre le versement de petits salaires, l’assurance, la micro-épargne, etc.

Le temps est donc venu pour les opérateurs télécoms d’amorcer une nouvelle tactique, en développant des propositions de valeur attractives et susceptibles de répondre aux besoins du marché ivoirien en forte croissance.

Concurrence

Qui plus est, les plateformes de monnaie mobile sont devenues l’apanage des banques commerciales et startups technologiques opérant dans la Finance. Le 15 février dernier, la FinTech sénégalaise WorldRemit et l’Ivoirienne QuickCash ont annoncé s’être liées par un partenariat pour permettre au public de transférer de l’argent instantanément en Côte d’Ivoire via le mobile. Courant septembre 2017, Société Générale a annoncé le lancement de YUP : une plateforme de monnaie mobile accessible à toute personne bancarisée ou non-bancarisée, abonnée à la téléphonie mobile, quel que soit son opérateur. De son côté, la Banque Atlantique a lancé en 2016, une offre qui permet à un client d’envoyer de l’argent à l’intérieur du pays ou à l’étranger, avec la possibilité pour le destinataire d’effectuer le retrait dans un GAB du réseau sans carte bancaire, juste avec le code et la référence. Standard Chartered Bank vient de lancer une offre digitale. Ainsi, le Mobile Money attirent de nouveaux acteurs qui en font leur miel. Et ce, malgré la disposition réglementaire de la BCEAO, interdisant les transferts d’argent en dehors de la zone UEMOA.

Avec le Ghana voisin, la Côte d’Ivoire fait désormais partie des pays d’Afrique de l’Ouest les plus prolifiques sur ce marché. Tirant la croissance dans cette zone qui, d’après le dernier rapport du GSMA sur la monnaie mobile, représente le deuxième marché du continent avec 5,3 milliards de dollars, derrière l’Afrique de l’Est qui totalise 13,2 milliards de dollars de transactions en 2017.

Anselme AKEKO
anselme.akeko@cio-mag.com


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